Bonjour,

merci à vous pour votre enthousiasme et vos remarques, idées... J'ai échangé avec des personnes très intéressantes, et je m'enrichis vraiment de tout cela!

Je vais commencer avec ce billet mon tour des classes.

Mes écrits ne visent en aucun cas à juger de telle ou telle pratique pédagogique... ce que je vois en une demie journée ou en une journée est représentatif de pas grand chose, et j'en ai bien conscience. Je suis super heureuse que des enseignants m'ouvrent leur porte. J'apprends beaucoup à discuter avec eux, à les observer... Je pioche ce qui m'intéresse, j'ai des opinions par rapport au projet qui me tient à coeur, mais je ne souhaite en aucun cas juger. Si jamais mes propos dérapent, n'hésitez pas à m'en faire part d'ailleurs. et je vous invite dans vos réponses et commentaires à être attentif à cela aussi. J'aime qu'il puisse y avoir de la bienveillance quand au travail de chacun. Même lorsque les manières de faire, les valeurs et les objectifs visés sont différents.

C'est pourquoi je cherche plutôt à faire le point sur mes visites. Faire le tri de ce qui m'a plu et de ce qu'il m'a manqué dans le seul but d'étoffer ma pratique et d'élargir mon horizon. Car il y a autant de classes que d'enseignants of course!

Je suis allée vendredi visiter l’école des Bourseaux à Saint Ouen l’aumône.
Ecole publique de l'éducation nationale mais au fonctionnement particulier inspiré de la pédagogie nouvelle et coopérative.

 Je ne suis pas très calée sur les particularités de chaque courant pédagogique, excusez moi si je fais des contre sens, ou si je confonds certains aspects. Mon but ici n’est pas de décortiquer le fonctionnement de ces écoles ni d’en faire une thèse, mais plutôt de piocher ce qui me parle, ce qui me plait. Et m’en resservir comme autant d’outils au fur et à mesure de mon parcours.

Nous avons la chance d'avoir plusieurs écoles multi-âge dans le val d'oise (je dis la chance, car à mon sens le plus important c'est d'avoir le choix, et donc que les écoles soient différentes et variées, afin que chacun puisse y trouver ce qu'il recherche. Il n'y a pas une manière d'enseigner, et chaque parent a des attentes différentes vis à vis du système. Ce qu'il manque en France, c'est d'avoir des projets éducatifs forts propre à chaque école. Une identité d'école en quelque sorte. Le choix existe bien sûr, mais pas tant que ça, et ça coûte très cher. Mais c'est un autre débat!

 

Alors, en pratique aux Bourseaux, les classes fonctionnent par cycles. Les élèves sont mélangés dans leurs âges. Ca, déjà, j'aime :)
Cycle 1 : PS MS
Cycle 2 : GS CP CE1
Cycle 3 : CE2 CM1 CM2

Vendredi, j’ai observé une classe de cycle 2. 


J’ai aimé :
- La préparation de la classe de découverte (les enfants partent chaque année quelques jours de la PS au CM2). Ils préparent le voyage au sein de la classe, choisissent les chambres, avec qui partager sa chambre, quoi mettre dans leur valise. Ce n’est pas imposé arbitrairement par l'équipe éducative, mais préparé en classe, en coopération, petits et grands.

- Pas de devoirs écrits (des leçons à revoir, des cahiers à partager avec les parents), comme les textes officiels le préconisent depuis plus de 50 ans au passage :)

- Les vestiaires : les enfants déposent leurs affaires dans un vestiaire (manteaux, chaussures etc…) et enfilent leurs chaussons pour rentrer en classe. Les parents viennent les rechercher dans ce vestiaire et peuvent entrer dans la classe, comme en maternelle.

- Le matériel de classe est collectif (pas de trousse par exemple). Les élèves se partagent les stylos, règles etc… tout est acheté et stocké par l’école (une aide financière est demandée aux parents il me semble.

- Les règles de vie sont cohérentes, structurantes et ne se limitent pas à des interdictions et sanctions. Elles sont très présentes et la transmission des règles de vie en groupe se fait et se refait tout au long de la journée. Ces règles de vie sont créées, discutées et validées avec les élèves et évoluent tout au long de l’année. Ca permet à mon sens des garde-fous pour protéger tout un chacun, vivre en harmonie et réduire les injustices.

Pas de punition. Il y a des réparations, des rappels aux règles. Les règles sont établies pour permettre la vie en collectivité dans le respect de chacun, petits et grands. Lorsqu’un problème existe ils en parlent, en reparlent et mettent en place des ajustements pour que les situations évoluent

- Les régulations : Les élèves inscrivent tout au long de la semaine dans le cahier de régulations les différends qu’ils ont eu avec d’autres élèves « je critique machin parce que… » . Les plus petits se font aider par les plus grands pour écrire. Le vendredi après midi au coin regroupement, ils reviennent tous ensemble sur ces conflits. Chaque protagonniste donne sa version des faits. Puis le groupe propose des réparations, donne son avis, se réfère aux règles de vie etc… jusqu’à résoudre le problème. C’était étonnant de voir une petite fille de tout juste 5 ans prendre la parole devant tous ses camarades et pointer du doigt l’étiquette « je n’ai pas le droit de me bagarrer » pour rappeler la règle à tous (elle cherchait parmi les autres étiquettes et pour cela cherchait des indices visuels puisqu’elle ne savait sans doute pas lire). Lorsque les différends se passent avec un élève d’une autre classe, celui-ci rejoint la classe concernée pour régler le problème (le temps de régulation se fait au même moment dans toutes les classes).

- Les élèves ont de vraies responsabilités responsabilisantes (pas juste pour la déco comme souvent !).

- Enfants nettement plus mobiles que dans une classe traditionnelle. Ils se lèvent quand ils ont besoin de quelque chose, ils s’entraident.

- Le coin regroupement comme en maternelle jusqu’à la fin du cycle 3.

- La manière de ramener le calme dans la classe (là c'est propre à l'enseignant) : répéter calmement les règles, faire tinter un instrument de musique, distribuer un bâton de parole pendant le regroupement, prendre un élève trop remuant sur ses genoux pour l’apaiser, laisser les doudous aux enfants qui en ont besoin… Le maître n’a pas eu besoin de crier une seule fois. Il répète beaucoup, il amène les enfants à se poser des questions, à chercher des solutions…

- Pour me montrer le travail des élèves, l’enseignant a demandé à un élève en difficulté de me montrer son cahier. J’ai trouvé ça super chouette. L’enfant était valorisé et a pris cette mission très au sérieux. Il m'a tout raconté, expliqué, il a fait appel à ses souvenirs, d'autres copains ont parlé aussi. C’est tellement plus riche que de demander à la première de la classe pour donner à voir un cahier parfaitement tenu . (Ca peut être bien aussi, hein! mais je trouve ça bien que ce ne soit pas systématique !)



Je n’ai pas aimé :
- chacun fait le même travail au même moment (apparemment au cycle 3 ils sont plus autonomes dans leurs apprentissages, mais je n’ai pas encore pu le voir), s'arrête au même moment pour faire un point collectif, s'assurer de la compréhension des consignes (très intéressant par ailleurs) et reprend au même moment. Cela ne prend pas du tout en compte l'envie de faire un travail, ou l'inspiration (en même temps comment allier cette notion d'envie et d'inspiration dans une collectivité? je sais qu'il y a des choses qui existent en ce sens, mais c'est vrai que c'est un point essentiel particulièrement difficile à mettre en place. Allier les besoins individuels et les besoins du groupe... vaste sujet! )

Bref, autant je peux comprendre que les élèves soient amenés à faire une activité en même temps dans une classe. Mais s'arrêter et puis devoir reprendre tous en même temps, je trouve ça dur. Par exemple un élève s'arrête alors qu'il est en pleine recherche, en pleine expérimentation, en plein travail. Bon ok. Et puis après il faut s'y remettre alors qu'il a completement décroché de l'activité. Je trouve ça dur (voire contreproductif) de s’arrêter en plein milieu d’une activité, surtout quand on est inspiré. Et au moment de s’y remettre, on n’a peut être plus aucune idée ou envie.

Peut-être je laisserai plutôt ceux qui veulent continuer leur travail pendant la mise au point le continuer dans le calme. C’est ok pour moi d’écouter d’une oreille en faisant autre chose.

- J’ai trouvé qu’il manquait un coin pour ne rien faire, ou la possibilité de décrocher. Les enfants n’avaient pas assez le droit de ne pas écouter, ou d’écouter d’une oreille (je peux le comprendre au moment où on explique les consignes, mais si l’élève ne dérange pas, je trouve ça bien qu’il puisse décrocher parfois pour mieux revenir)

- les parents n’ont pas l’air d’avoir une place suffisamment grande au sein de l’école (à mon goût bien sûr!)

 

Voilà, en conclusion, je trouve que ce qui est fait au nom du collectif est vraiment super bien pensé, super constructif. De chouettes valeurs circulent au sein de l’école, entre les enfants. C’est juste, ça élève le débat. Mais à mon goût j’irai plus loin dans le développement de l’autonomie individuelle (à voir, parce que là c’était des cycles 2, les cycles 3 ont peut-etre plus d’autonomie)

Bonne journée à vous et merci de me suivre, n'hésitez pas à vous inscrire à la newsletter pour rester informés :)

à bientôt

Géraldine