Je viens de finir la lecture de ce livre reçu à mon anniversaire et lu d'une traite, "Notre corps ne ment jamais", d'Alice Miller.

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J'ai connu cette auteur lorsque j'ai découvert la violence éducative ordinaire. J'ai commencé par lire "C'est pour ton bien. racines de la violence dans l'éducation de l'enfant", où il est question de la pédagogie noire, et de l'analyse de l'enfance et du sombre destin de trois personnages: Adolf Hitler, Christiane F (droguée, prostituée) et Jurgen Bartsch.

Ce livre a été une révélation dans ma vie, une bombe atomique, une prise de conscience. Il y a un avant et un après Alice Miller. J'ai cependant du mal à le conseiller à tout un chacun car c'est un livre complexe dont la lecture est difficile. C'est un livre philosophique. Il m'a permis de me poser des questions, de découvrir un monde inconnu et de mettre du sens à ce qui restait d'incohérence dans ma volonté d'éduquer mes enfants du mieux que je le pouvais.

Ce nouveau livre que je viens de finir est beaucoup plus accessible. Le vocabulaire est simple, les constructions de phrases sont fluides. Il se lit facilement, et peut être lu par des personnes qui ne connaissent rien encore sur ce sujet.

Mais attention, ce livre dérange (comme tous ses livres d'ailleurs). Alice Miller s'attaque à un dogme, à un tabou. Elle remet en cause "le précepte universellement accepté "Tu honoreras ton père et ta mère", qui est aussi le Quatrième Commandement du Décalogue." Elle explique comment notre corps garde en mémoire les souffrances de notre enfance qu'il nous a fallu réprimer au nom de l'éducation, comment ce même corps une fois devenu adulte se trouve en prise avec notre Esprit qui lui a verrouillé les souffrances de l'enfance pour ne pas perdre l'amour de nos parents ou nous retrouver abandonner. Notre Esprit a assimilé le "c'est pour ton bien" brandi par nos éducateurs quand notre corps a gardé souvenir de la souffrance.

Je ne sais pas bien comment expliquer la pensée si complexe et si évidente d'Alice Miller, si cohérente qu'elle permet d'assembler toutes les pièces du puzzle de la transmission de la violence de génération en génération.

J'ai beau être familiarisée avec les théories de l'auteur et les avoir intégrées et digérées, ce livre m'a moi aussi dérangée. L'aplomb avec lequel elle condamne ce Quatrième Commandement continue de se heurter à ma résistance. C'est un mécanisme de défense impressionant qui agit en nous...

Voici quelques extraits de ce livre remuant. Si vous n'avez jamais lu Alice Miller, je vous encourage à y regarder de plus près, au moins une fois. C'est perturbant, mais ça brise bien des dogmes et ça fait reflechir. Et surtout, ça ouvre une porte à l'enfant qu'on a été et ça aide à devenir adulte et responsable de son propre chemin. http://www.alice-miller.com/index_fr.php

"Mon corps n'est pas influençable. Il connait parfaitement ma vérité, bien mieux que mon Moi conscient. il sait, dans les moindres détails, tout ce que j'ai enduré. Il ne me permet pas de me voiler la face sous prétexte de respecter les conventions sociales."

"Une fois que nous aurons appris à vivre avec nos sentiments au lieu de les combattre, les manifestations de notre corps ne nous apparaitront plus comme une menace, mais comme de salutaires rappels de notre histoire"

"Dans mon enfance, j'ai dû apprendre à réprimer mes réactions les plus naturelles aux blessures (par exemple la rage, la colère, la douleur ou la peur), de crainte d'une punition. Plus tard, à l'école, je fus même fière de mon aptitude à la maîtrise de soi et à la retenue. Je prenais cette capacité pour une vertu, et en attendais autant de mon premier enfant. C'est seulement après avoir réussi à abandonner cette vue de l'esprit que je parvins à comprendre la souffrance d'un enfant auquel on interdit de réagir de manière appropriée à une blessure."

"Des relations qui ne reposent que sur une communication faussée par la présence d'un masque ne peuvent se transformer, elles restent ce qu'elles ont toujours été: une pseudo-communication. Une vraie relation n'est possible que lorsqu'on parvient des deux côtés à s'autoriser ses sentiments, à les vivre et à les exprimer sans crainte."

"Il ne s'agit pas de condamner en bloc les parents, mais de se placer du point de vue de l'enfant souffrant et qui n'a pas droit à la parole, de renoncer à un attachement que je qualifie de destructeur. Celui-ci se compose, comme je l'ai déjà dit plus haut, d'un mélange de gratitude, de pitié, de refoulement, d'enjolivement de la réalité, ainsi que de nombreuses attentes, toujours vaines et vouées à le rester."

"Vous détournez les yeux, vous pensez que je suis folle. Ca me fait mal, bien sûr, mais être des vôtres serait bien pire. Si je suis folle, c'est à ma manière: je me suis écartée de vous parce que je refuse de m'adapter à vous et de trahir mon être. je veux savoir qui je suis, pourquoi je suis venue au monde, pourquoi à cette époque, pourquoi en Allemagne du Sud, pourquoi dans cette famille, avec des parents qui ne comprennent rien à mon caractère et ne peuvent m'accepter."

"Quand j'appelle maltraitance ces blessures invisibles, je trouve le plus souvent en face de moi résistance et indignation ouverte. Je peux parfaitement comprendre ses sentiments, parce que je les ai longtemps partagés. Autrefois, j'aurais protesté violemment si quelqu'un m'avait dit que j'avais été une enfant maltraitée. C'est seulement maintenant, grâce à mes rêves, grâce à ma peinture et bien évidemment grâce aux messages de mon corps, que je sais avec certitude qu'enfant, il m'a fallu endurer pendant des années des lésions psychiques dont, adulte, je n'ai pendant très longtemps pas voulu prendre conscience. Comme tant d'autres, je me disais: "Moi? mais je n'ai jamais été battue. Les quelques tapes que j'ai reçues, ça n'a pratiquement aucune importance. Et puis ma mère s'est donnée tant de mal pour moi."

Mais justement, il ne faut pas oublier que les graves séquelles laissées par les blessures précoces résultent de la minimisation des souffrances de l'enfant et du déni de leur signification. Tout adulte peut facilement s'imaginer la frayeur et l'humiliation qu'il ressentirait s'il se trouvait soudain agressé par un géant furieux huit fois plus grand que lui. Mais quand il s'agit d'un petite enfant, nous considérons qu'il ne ressent pas la même chose."(...) Les parents pensent que les tapes ne font aucun mal, qu'elles sont juste un moyen de transmettre des valeurs bien précises aux enfants, et l'enfant reprend cela à son compte. Certains d'entre eux apprennent même à en rire et à utiliser leur connaissance intime de l'humiliation et de l'avilissement pour railleur leur douleur. Une fois adultes, ils s'accrochent à cette raillerie, ils sont fiers de leur cynisme, ils en font même de la littérature, comme nous pouvons le voir chez James Joyce... S'ils en viennent à connaître angoisse ou dépression, ce que le refoulement des sentiments vrais rend inévitable, ils trouvent facilement des médecins pour les soulager un temps à l'aide de médicaments. C'est ainsi qu'ils peuvent tranquillement préserver leur auto-ironie, cette arme éprouvée contre tous les sentiments qui repontent du passé. Par là-même, ils se conforment également aux exigences de la société, qui tient la protection des parents pour un précepte majeur."