une autre école

09 mai 2012

Il changeait la vie, jean-Jaques Goldman

Bonjour à tous,

une petite aparté aujourd'hui pour partager avec vous un p'tit moment précieux comme je les aime. 

Une après-midi avec Jean-Pierre. Quoi? Comment? Il a un prénom?? mais non, impossible, on ne dit pas Jean-Pierre, on dit Monsieur Thisse :) même si on a 31 ans!

Monsieur Thisse, c'était mon "maître" en cm1 et en CM2. De ces maîtres charismatiques qui comptent, ceux qui marquent et qui laissent des traces. De ceux qui inspirent. Mon maître et celui de toute ma classe, de tous ces amis qui sont encore auprès de moi aujourd'hui et pour qui le ressenti est le même, je le sais bien, là-haut comme ici bas.

Monsieur Thisse, c'est aussi devenu un "ami", enfin, une personne qui continue à compter au fil du temps qui passe. Et pour l'occasion, et pour le plaisir de partager cette après-midi ensemble, on a sorti la guitare (Monsieur Thisse sans sa guitare? ce ne serait pas monsieur Thisse) et on s'est approchés du piano. La voix n'a pas changé, ni l'humour, ni les yeux qui brillent. 

Et pour l'occasion, quoi de plus évident que de lui proposer une chanson de Goldman? (Monsieur Thisse et Goldman, c'est aussi toute une histoire, il y a des choses indissociables comme ça) Pas n'importe quelle chanson bien sûr: "Il changeait la vie". Bah oui parce qu'elle fait partie des chansons évidentes qu'on a envie de partager avec lui. Juste pour lui dire merci pour ces belles années à ses côtés.

Et la boucle est bouclée puisque ce métier qui était le sien est devenu le mien aujourd'hui. La guitare m'accompagne moi aussi, comme par une habitude bien naturelle... et l'envie, et le plaisir... 

Pour le côté pratique, on a eu de nombreuses galères techniques avec mon enregistreur qui faisait des siennes.  J'ai sauvé la chanson de Goldman, mais pour Mistral Gagnant, il ne me reste que la version mal cadrée, la deuxième prise, qui était bien sûr "hachement" mieux ne répond plus.... le reste a buggué... un peu d'indulgence donc ca reste du bricolage!

Merci Jean-Pierre pour ce p'tit passage par chez nous, et à bientôt "dans ce village dont le nom m'a échappé".... ;)


il changeait la vie, Goldman

 

Mistral gagnant, Renaud (sans décalage son image!)

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04 mai 2012

Petite Poucette, Michel Serres

Hier je suis retombée sur le texte Petite Poucette du philosophe Michel Serres en allant sur un autre blog que j'aime beaucoup

C'est un texte très intéressant qui me parle beaucoup et que j'avais déjà partagé sur Facebook.
Je le remets sur ce blog, et ça fait aussi écho à mon message d'hier car c'est un texte qui tente de réfléchir aux enfants d'aujourd'hui, avec lucidité et bienveillance. Comment donner du sens aux apprentissages dans le monde d'aujourd'hui.

Voici le lien de Petite Poucette:

http://www.academie-francaise.fr/immortels/discours_divers/serres_2011.html

 

 Et un extrait:

"Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare de la Seconde Guerre mondiale.

Il ou elle n’a plus le même corps, la même espérance de vie, n’habite plus le même espace, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde extérieur, ne vit plus dans la même nature ; né sous péridurale et de naissance programmée, ne redoute plus la même mort, sous soins palliatifs. N’ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement.

- Il ou elle écrit autrement. Pour l’observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire de mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des SMS avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de dactylo."

[...]

"Face à ces mutations, sans doute convient-il d’inventer d’inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites et nos projets. Nos institutions luisent d’un éclat qui ressemble, aujourd’hui, à celui des constellations dont l’astrophysique nous apprit jadis qu’elles étaient mortes déjà depuis longtemps.

Pourquoi ces nouveautés ne sont-elles point advenues ? J’en accuse les philosophes, dont je suis, gens qui ont pour métier d’anticiper le savoir et les pratiques à venir, et qui ont, comme moi, ce me semble, failli à leur tâche. Engagés dans la politique au jour le jour, ils ne virent pas venir le contemporain. Si j’avais eu, en effet, à croquer le portrait des adultes, dont je suis, il eût été moins flatteur.

Je voudrais avoir dix-huit ans, l’âge de Petite Poucette et de Petit Poucet, puisque tout est à refaire, non, puisque tout est à faire.

Je souhaite que la vie me laisse assez de temps pour y travailler encore, en compagnie de ces Petits, auxquels j’ai voué ma vie, parce que je les ai toujours respectueusement aimés."

Bonne lecture :)


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03 mai 2012

Gérer le groupe classe

Putain c'est dur.

Je ressors de cette nouvelle journée épuisée, rincée, vidée.

10 mns de pause pour déjeuner entre midi et deux. 8H30 de travail intensif. Ne rien lâcher. A aucun moment.

Ca ne s'est pas si mal passer concrètement. Pourtant à 16H30, à peine arrivée dans ma voiture, j'ai eu besoin de pleurer pour décharger pendant 20 mns.

C'est épuisant. Physiquement et moralement. Pourtant à mi-temps. Comment je vais tenir la longueur?

Quelle perte de temps en classe, quelle perte d'énergie.

Quand on fait des trucs sympas et que ça part en cacahuete. Quand on fait des trucs archi conventionnels et que d'un coup le calme revient (genre gratter une leçon, faire des exercices en solo. Là ils savent faire) Quand on chante une chanson, qu'il y a la guitare, qu'ils sont super enthousiastes mais qu'il n'y a aucune cohésion. Deux ou trois qui font leur one man show, 4 ou 5 qui se mettent à parler tout haut parce que ca leur fait penser que blablabla..., 2 ou 3 qui râlent parce que les autres font trop de bruit... Et la majorité qui essaient de chanter et qui en redemande. Quand je lance un travail de recherche avec les Solides à manipuler et que ça ne rend RIEN. Que le seul moment où ils reconnectent c'est quand il faut écrire a leçon. 

Quand il faut 1H30 pour aborder une notion qui serait bien plus complete et attractive en 2 clics et 10 mns sur internet. Genre Sciences: les volcans!

Mon esprit critique ne me laisse aucun répit. A quoi ça sert tout ça? Aujourd'hui? Dans cette société? Pourquoi user de tant d'énergie pour surmonter cet ennui de l'école qui les dévore, qui ne les quitte pas. Cette idée que pour exister, pour être respecté, il faut perturber, il faut se faire remarquer.

Je sens au fond de moi que le rôle de l'enseignant n'est plus tant d'apprendre aux élèves que de leur apprendre à apprendre.

Là dessus, c'est le désert complet:  apprendre à rechercher, apprendre à persévérer, à croiser les informations, à rédiger, à exprimer, apprendre à travailler en groupe, à regrouper les idées, à s'entraider. Apprendre à partager.

Surtout dans les matières dites secondaires. Quand je galère pendant plusieurs séances de une heure à pondre avec les élèves un truc médiocre, je me dis, pourquoi ne pas passer un "C'est pas Sorcier"? C'est mieux dit, c'est complet, c'est interactif.... Et ça les accroche.

Mon rôle à moi, il est ailleurs. Le tout c'est d'arriver à le mettre en place... et ce n'est pas facile . .Je ne trouve pas encore.

Et c'est éprouvant aussi de gérer les disputes, les conflits, les prises de parole intempestives... 24 personnes qui veulent exister en tant qu'individu... (non j'exagère, une dizaine seulement qui ont terriblement besoin d'exister en tant qu'individu.). Et mon but à moi, c'est de fonctionner en tant que groupe... va falloir cogiter et trouver une harmonie sans les éteindre.

Je me dis que dans un premier temps, le plus important c'est de placer mes élèves "perturbateurs" en situation d'apprentissage. Leur donner un nouveau rôle puisque le rôle d'élève traditionnel ne leur convient pas du tout. Par exemple quand je prépare un cours, anticiper ce que je vais demander précisément à ces élèves-là. Sinon ce n'est qu'une lutte de pouvoir sans fin: "je veux que tu reste assis, que tu ne prennes pas la parole tout le temps, que tu ne te lèves pas"... alors que eux ne savent pas tenir ce rôle -là. Je ne veux pas juste les contraindre, les soumettre. Je veux me servir de ce qu'ils ont à apporter au groupe classe. Et ce qu'ils ont à apporter est ailleurs.

Il faut que je creuse de ce côté-là. 

Me voilà maintenant assise derrière mon bureau à réflechir et à écrire et il y a des tas d'idées qui me viennent, des tas d'envies. Mon esprit se met en marche en quête de solutions, de créativité. C'est incroyable.

Il y a une heure à peine je ne voyais aucune issue. Je me disais juste que je ne tiendrai jamais. Que ce n'est absolument pas fait pour moi. Je reste lucide, je sais que ca va etre difficile. Mais l'envie est revenue. 

C'est dingue. Bon ben yapluka...

Je retourne aux miens d'enfants, parce qu'ils ne se contentent pas de me laisser écrire derriere mon ordi, ils veulent que je sois VRAIMENT avec eux :) bah oui normal après une journée sans les voir!!!!

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12 avril 2012

point avant les vacances :)

Bonjour à tous,

Deuxième semaine et déjà ce sont les vacances pour moi :)

Chaque journée passée est vraiment intense et intéressante.

Y a des hauts, y a des bas. Mais j'ai envie de m'attarder sur les hauts!

Ce matin, quelques petits moments de grâce comme je les aime avec mon élève "décrocheur-perturbateur" bien accroché à son étiquette.

Au moment de lire à la classe la suite du roman (je leur fait une lecture à voix haute, un peu chaque jour), je l'ai pris à parti alors qu'il prenait un peu trop de place et je lui ai demandé si il avait envie de lire à ma place devant la classe. Il a pris le livre, il est entré dedans direct. Avec le sourire jusqu'aux oreilles.

1 point pour moi. Ca se savoure ce genre d'instants.

Il a lu un peu puis a été appelé dans une autre classe par un élève. Ce qui tombait bien, car j'ai pu reprendre la lecture pour ne pas perdre le reste de la classe. Le geste a suffi à l'apaiser. Il est revenu quelques minutes après et a écouté la fin de l'histoire sans un bruit.
Ils sont tous captivés par ce livre "Tu eux toujours courir". j'en avais parlé là.  Ils sont accrochés aux mots, à la suite, aux rebondissements, aux traits d'humour, et aussi aux passages plus sensibles. C'est un régal. Un plaisir partagé.

Deuxième moment chouette pendant le cours de maths. Je perds l'ensemble de la classe à chaque cours de maths. ils détestent ça et se dissipent pour faire passer le temps.
Je galérais avec un enfant qui passe son temps à râler à voix haute et à s'adresser aux autres à travers la classe en permanence.

J'ai demandé à mes deux élèves "dynamiques" :) de venir à mon bureau. J'ai fait l'exercice en tête à tête avec eux pendant que la classe travaillait en solo (ils peuvent chuchoter entre eux si ils ont besoin d'aide). 

Les deux ont joué le jeu à fond. Ils étaient contents de me montrer qu'ils comprenaient, qu'ils savaient.
Au moment de la correction collective, ils ont participé avec plaisir.
Je vais prévoir un roulement d'élèves à mes côtés plutôt que de me déplacer dans la classe pour l'instant (quand je me déplace je n'aide personne finalement, je passe mon temps à m'agiter et réguler le silence. Ca ne fonctionne pas).

J'ai compris que la classe n'est pas encore prête pour le travail en collectif ou en petits groupes, alors je revois mes prévisions. Je mets plus d'exercices individuels pour pouvoir reconcentrer tout mon p'tit monde. Ca va faire partie intégrante de l'apprentissage: "apprendre à travailler en groupe".

Et à 11H30, troisième bonne surprise! mardi j'étais embêtée car une élève s'est fait griffer par une autre pendant la récré. Gifler violemment. Elle était venue me voir pour en parler toute pleine de son émotion, de sa rage, de sa douleur. Je l'avais écoutée un peu mais je n'avais pas voulu immobiliser toute le temps de classe. Alors j'étais démunie. Je lui avais demandé de venir m'en reparler ce matin si elle voulait bien.

Elle est venue. Je lui ai proposé un temps de médiation à 11H30 avec l'autre élève (agresseur) et moi-même. Chacun était d'accord. Elles sont arrivées. Chacune m'a donné sa version. Elles avaient déjà plus ou moins résolu le problème entre elles depuis et ont pu en reparler au calme. Elles se sont rapidement mis d'accord. Elles sont reparties et j'ai senti que ça leur avait fait du bien d'avoir cet espace de parole.

Je mets en place depuis ce matin une nouvelle règle. Je leur explique que je me rends dispo pour eux à la récré + entre midi et deux pour discuter d'un différend ou d'une injustice. En contrepartie, je ne veux plus que ça vienne perturber le temps de classe que je veux être un temps d'apprentissage.

Le fait de m'interdire de donner des punitions me donne étrangement un garde-fou, m'oblige à chercher des solutions ailleurs, à ne pas être dans l'instantanéité.
Ca me plait. Ca me parle.

Ca devient un atout plutôt qu'un manque. C'est un exercice important pour moi. je suis vraiment dans l'expérimentation. Essayer de voir si c'est possible. Si ça permet d'arriver à enseigner et instaurer une relation de respect. C'est un pari.

.....

 

Bon, par contre, cet après-midi j'ai déchanté :(

Les 3 heures ont été bien éprouvantes avec quelques enfants qui prenaient toute la place. à prendre la parole, faire des commentaires, s'insulter, se lever, vouloir se frapper dans la classe... Youhou... Le désastre.

J'ai passé mon temps à ramener le silence, à exiger que tout le monde reste assis, à crier un gros coup pour les ramener à moi. Y a même un moment où j'ai dû intervenir physiquement pour arrêter un enfant qui voulait en taper un autre. L'enfer. La moralisation toutes les vingt minutes. Pfff tout ce que je déteste.

J'avais perdu tout le monde, j'ai ramé pour les rassembler. Chaud.

Bon à 16H30 , 3 élèves sont venus spontanément me présenter leurs excuses, ca m'a permis de discuter au calme avec eux. 

C'est vraiment difficile de gérer les égos. Quelques enfants ont besoin de prendre les devants, d'accaparer l'espace sonore et physique, de se faire remarquer. Ils s'ennuient, ils sont désabusés. Dur de les ramener. Dur d'instaurer un esprit de groupe, arrêter la compétition, le cassage, le "c'est moi le plus fort"... Le grand sentiment d'injustice qui les animent.  L'estime de soi dans les chaussettes.
Et entendre le fond de souffrance qui est derrière tout ça (ils parlent chaque jour de leur maitresse décédée par exemple). 

Ppppffff y a du boulot. Hauts les coeurs!

PS: le temps d'aide personnalisée qui existe maintenant est par contre hyper intéressant. Une à deux fois par semaine, en plus des cours, je prends 6 élèves en difficulté pour faire du soutien. Ca c'est du temps où je peux mettre en place un autre type de relation. Bien sûr je trouve ça absurde que les élèves en difficulté viennent une heure "de plus", mais ce temps là est utilisé pour faire des jeux, pour apprendre autrement, et du coup, j'aime bien. Et eux aussi.

 

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03 avril 2012

ma rentrée!

Bonjour à tous,

la reprise de mon métier d'enseignante dans l'éducation nationale, c'était ce matin.
Après 3 ans de congès parental et presque un an de disponibilité. Après un an d'école à la maison, plusieurs observations de classe, des discussions, des lectures et après avoir passé de nombreux cap de maman, avec mes enfants.

Je reviens bien plus forte, bien plus posée, bien plus sûre de mes choix. Je sens une force intérieure que je n'avais pas, je sans que j'ai surmonté tellement de difficultés avec mes propres enfants que j'ai un recul précieux.
Ca c'est nouveau pour moi, et ça vaut de l'or.

Après cette première journée, je me sens vidée. Pleine de confiance et pleine de peurs aussi. Car je me rends compte que ça va être intense. C'est grisant, et c'est aussi une sacré responsabilité. Concilier mes valeurs, mes aspirations à la réalité du terrain... ça va être chaud!

J'ai en face de moi des enfants tellement habitués au système, tellement habitués à être catalogués relous, fainéants, bruyants, perturbateurs qu'ils en sont eux-mêmes convaincus. J'ai en face de moi aussi des enfants tellement habitués au baton et à la carotte, qu'ils se retrouvent intrigués et destabilisés qu'on puisse faire autrement. Non, il n'y aura pas de punitions. Non, il n'y aura pas de devoirs, de cris, de réponses convenues à tout l'engrenage de violence qu'ils se trimballent. Non, il n'y aura pas de gentils et de méchants, de bons et de mauvais élèves... Ca, je le vis carrément comme révolutionnaire... sincèrement.

En tous cas ca m'aide de ne plus penser en terme de punitions. Je n'y pense même pas, ça ne me manque même pas. Je suis obligée de faire avec, de faire autrement, d'être inventive. Et c'est une force. Il y avait un élève qui ne suivait pas du tout, qui parlait fort et attirait l'attention. Je suis juste allée le chercher pour le mettre à côté de moi, le faire participer de plus près. Sans le stigmatiser, sans rien dire. Ca s'est arrêté direct.

Je sens qu'ils ont envie de me faire confiance, je sais aussi qu'ils me testent, qu'ils veulent voir à qui ils ont affaire...

Alors je répète calmement quels sont mes besoins pour travailler ensemble dans les meilleures conditions possibles. J'appelle le silence par le silence, le respect par le respect. Je sens qu'ils m'écoutent, que je les touche, que je les atteinds, mais je vois aussi comme tout cela les dépasse. Comme ils jouent leur rôle. Je sens leur ennui de l'école, leur énergie débordante, et je ne sais pas encore comment je vais pouvoir m'en servir en une bonne energie. Sacré chantier...

Et 25 élèves en même temps, ça c'est difficile. C'est trop. Beaucoup trop. (mais c'est comme ça! et il faut faire avec)

J'ai déjà dû revoir mes idéaux à la baisse pour pouvoir poser les fondations d'une relation de respect et de travail. Je prends le parti pour l'instant de leur demander de ne pas se déplacer et de ne pas prendre la parole sans lever la main. Sinon, c'est le souk. Mais j'espère que ce ne sera que le temps des fondations, que le temps de s'apprivoiser. Ca me permet de poser une base.

Je vais devoir insister sur le cadre du groupe (les arrivées, les sorties, les cahiers...) pour pouvoir assouplir après. D'abord parce que j'arrive dans une classe qui a déjà son propre fonctionnement, et aussi parce que c'est une classe que je partage avec une autre.

Mais j'ai eu quelques beaux cadeaux dans la journée, notamment dans la gestion de conflits entre les élèves dans la cour. Je prends le parti de les écouter parler, de leur demander leur avis, ce qu'ils ressentent de la situation etc... sans m'épuiser à courir derrière un coupable désigné et alimenter le c'est lui qui m'a fait ça, il m'a traité madame etc... Je ne veux pas entrer dans le cercle fermé victime-agresseur. Je préfère pour l'instant prendre du temps avec l'enfant qui se sent blessé. Et j'ai senti que ça les surprenait, mais j'ai aussi réussi à enclencher des discussions constructives (l'enfant qui venait me voir pour me dire qu'un élève avait craché, après lui avoir posé quelques question:"moi chez moi je ne crache pas par terre, c'est pour ça que ça me gène de le voir cracher. C'est vrai, cracher, ca salit blablabla..." mais en fait l'enfant se parle plus à lui-même qu'à moi).

Et un autre beau cadeau qui marche à tous les coups. Ouvrir un livre et leur lire simplement une histoire (merci Daniel Pennac). C'est magique. C'est cadeau, c'est gratuit, et l'effet est immédiat. Ils embarquent...

En classe, j'avais prévu beaucoup de travail en groupe, des exposés etc... donc un certain mouvement, une certaine agitation. Je le sens bien, je sais que ça se met en place, que ce sont de nouvelles règles pour eux etc... mais là ce qui va être dur, c'est le regard des autres enseignants ("sa classe est bruyante": ce qui me ramène en tant que mère au "son enfant est mal élevé"....) Il va falloir apprendre à faire avec, dans mon métier, comme dans ma vie perso.

Me connecter à mon ressenti, me faire confiance, tout en laissant les autres exprimer leurs critiques.

Ce soir je suis vannée. Je sais que ça va être difficile, et je suis bien contente de ne travailler qu'à mi-temps.

Pour me ressourcer ailleurs, pour préparer mes cours, réfléchir, prendre du recul, trouver des rebondissements inventifs.

Et sinon, en tant que maman, c'est dur pour moi de ne plus être à la maison. J'aime cette place-là, ce rôle-là. J'aime être là à la sortie de l'école, pour le midi, j'aime mes après-midi avec ma plus petite. Ca ca va me manquer.  Pour ça aussi je suis contente d'être à mi-temps. j'ai encore beaucoup de chemin à faire en famille. Et c'est là que j'aime être.

Voilà, je retourne à mes loulous :)

suite au prochain épisode!

 

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02 avril 2012

Comme un roman, Daniel Pennac

" Oui, mais à quel secteur de mon emploi du temps soustraire cette heure de lecture quotidienne? Aux copains? A la télé? Aux déplacements? Aux soirées familiales? A mes devoirs?

Où trouver le temps de lire?

Grave problème.

Qui n'en est pas un.

Dès que se pose la question du temps de lire, c'est que l'envie n'y est pas. Car, à y regarder de près,personne n'a jamais le temps de lire. Ni les petits, ni les ados, ni les grands. La vie est une entrave perpétuelle à la lecture.

_ Lire? Je voudrais bien, mais le boulot, les enfants, la maison, je n'ai plus le temps...

_ Comme je vous envie d'avoir le temps de lire!

Et pourquoi celle-ci, qui travaille, fait des courses, élève des enfants, conduit sa voiture, aime trois hommes, fréquente le dentiste, déménage la semaine prochaine, trouve-t-elle le temps de lire, et ce chaste rentier célibataire non?

Le temps de lire est toujours du temps volé. (Tout comme le temps d'écrire, d'ailleurs, ou le temps d'aimer.)"

 

Sublime texte, d'un sublime livre, d'un auteur que j'adore et qui m'a ouvert les portes de la pédagogie en même temps que celles de l'écriture... Le temps de lire, le temps d'écrire, le temps d'aimer... Prenons le temps ♥


Bonne soirée à vous. Pour moi, demain, c'est la rentrée. Le retour dans l'éducation nationale. Je reprends à mi -temps une classe de CM1/CM2.
Et je viendrais bien sûr parler de mes tentatives, de mes reflexions, de mon expérience sur ce blog.

A bientôt

Géraldine 

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31 mars 2012

L'école des fourmis

Bonjour,

je voulais partager avec vous la démarche hyper intéressant d'une enseignante dans l'Essonne, Nathalie. Voici l'école des fourmis http://ecoledesfourmis.blogspot.com/

Nathalie était enseignante à l'éducation nationale de 2002 à 2010. Elle a mis 2 ans pour sauter le pas avant de créer sa propre école, chez elle, avec ses deux enfants de PS et GS. 

Elle s'inspire des courants pédagogiques de Freinet et Montessori. Mais également de ce qui se fait pour les enfants qui suivent l'instruction en famille.

Elle est actuellement limitée à l'accueil de 6 enfants suite à la nouvelle réglementation plus rigide d'accessibilité handicapés.

L'objectif a été atteint rapidement et aujourd'hui il y a une liste d'attente de 30 élèves dont une bonne douzaine qui insistent régulièrement. 

Elle a fait le choix de garder des tarifs abordables. Les familles sont socialement mixtes, sans extrêmes.

Elle travaille actuellement seule, mais ce point lui pose problème depuis quelques mois. Elle pense à s'agrandir et travailler en équipe ou bien favoriser l'ouverture de structures identiques pour collaborer tout en gardant de petits effectifs familiaux.


Son projet me parle beaucoup. Si un jour je passe le cap de créer une école, c'est de cette manière-là que je commencerais.


Bon weekend à tous, et désolée pour le bug d'hier, j'ai cliqué tellement de fois que mon message est parti 10 fois !!

à bientôt (J-3 pour moi avant la reprise!)

Géraldine

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30 mars 2012

Les devoirs à la maison, Philippe Meirieu

Je partage un court article de Meirieu trouvé sur le café pédagogique à propos des devoirs à la maison.

http://www.huffingtonpost.fr/philippe-meirieu/devoirs-maison-ecole_b_1384442.html?ref=tw

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28 mars 2012

reprise éducation nationale

Voilà, m'y revoilà... la décision a été prise rapidement suite au passage de mon fils dans le privé et à la nécessité d'assurer financièrement. Je reprends le chemin de l'éducation nationale mardi prochain. A mi-temps dans un premier temps.

 

J'ai visité ma future école mardi dernier. Et depuis, c'est l'explosion des émotions.

J'ai senti un noeud d'angoisse oppressant à l'instant même où j'ai renoué avec le jargon de l'éducation nationale. Les obligations, la grosse machine qui tourne toute seule, les il faut qu'on, on doit, c'est nécessaire, c'est comme ça et pas autrement. La paperasse, les échéances, les résultats...

Et tout de suite, j'ai senti la difficulté que je vais avoir à exister dans ce système-là. Ma difficulté à intégrer une équipe éducative, à exposer ma manière de fonctionner sans entrer dans la justification, sans être sur la défensive. Je sais que ça prendra beaucoup de temps. C'est un trop gros chantier pour moi.

C'est extrèmement douloureux à vivre. Ca semble insurmontable. Il s'est passé trop de choses entre l'école et moi.
Et en même temps la grande envie, le désir d'y arriver.

Alors à côté des moments de panique profonds, je cherche des pistes concrètes pour prendre les choses en main.

Ce que je sais faire, et ce qui me porte, c'est la relation aux enfants et aux familles. Alors, je vais axer mon énergie là-dessus.

Je me dis tout d'abord que ce qui est constructif dans ce poste délicat que je prends du jour au lendemain sans que quiconque en ait été informé, c'est d'entrer en contact avec les parents pour me présenter et présenter ma façon de travailler. Il reste peu de jours d'ici la fin de l'année, mais il n'empêche que je trouve ça important. Je vais avoir leurs enfants 2 jours par semaine.

J'ai donc écrit une lettre à l'ordi que je vais coller sur les cahiers de correspondance dès le premier jour. Pour me présenter, expliquer les matières dont j'aurais la charge, expliquer mes motivations, mes objectifs par rapport à la classe, mes choix pédagogiques. Et leur donner le moyen de me joindre par mail pour faciliter les échanges si nécessaire.

Parce que je me dis que ça manque. La plupart du temps, en tant que parents, on est à peine informés de ce genre de changements pourtant important dans le quotidien de nos enfants.

Je fais également 3 choix que j'explicite. 

- le fait que je ne donnerai pas de devoirs écrits (des leçons à revoir, des textes à relire, du matériel ou des documents à ramener pour préparer des exposés)

- le fait que je ne mettrai pas de notes sur les contrôles. Je suis obligée de faire des évaluations, de remplir les carnets, et de mettre des notes pour poursuivre ce qui est déjà fait dans l'école et dans la classe. Mais j'ai décidé de ne pas inscrire les notes à même les copies, de fonctionner uniquement par commentaires personnalisés et ciblés. Les élèves et les parents pourront bien sûr avoir accès aux notes s'ils en ont envie. Je vais voir ce que ça donne et si ca peut être intéressant comme fonctionnement.

- le fait que je vais travailler le double niveau en simultané (jusque là les cours étaient séparés et différents pour les CM1 et pour les CM2, moi j'ai l'habitude de travailler les mêmes cours mais d'approfondir différement selon les niveaux des élèves. Et bien sûr de ne pas avoir les mêmes attentes pour les évaluations)

 

Voilà quelques idées pour essayer de rendre le remplacement moins impersonnel. Prendre en considération les élèves, les parents. Investir le poste et lui donner l'importance qu'il mérite.

 

Je pense continuer à partager sur ce blog les outils que je vais mettre en place dans la classe. Voir ce qu'il est possbile de faire ou pas. Observer si ça apporte un plus, un mieux-être, si ça permet d'établir une relation de confiance et un plaisir d'apprendre.

Suite au prochain épisode.....

Bonne journée à vous

 

Posté par GeraldineRuellan à 10:20 - - Commentaires [4] - Rétroliens [0]
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27 mars 2012

Tu peux toujours courir, Joe Hoestlandt

     Je viens de lire un livre super touchant, émouvant, poétique à mes enfants ce soir http://www.amazon.fr/Tu-peux-toujours-courir-Hoestlandt/dp/2092504304 

Un livre pris "par hasard" à la bibliothèque (pas vraiment par hasard, je connaissais déjà cette auteur que j'aime beaucoup.): Joe Hoestlandt (elle écrit souvent dans les magazines Bayard)

Un très beau livre sur la différence, l'exclusion, la souffrance, un livre qui parle des enfants précoces, mais pas que... Un livre qui fait rire, qui fait rêver, qui fait pleurer.

 

  • ‎"_ Les fous, ça n'existe pas, Johny.
     ‎_ bah si, tout de même, peut-être pas ta mère, mais...
  •  ‎_ Non, ca n'existe pas. Il y a juste des gens qui souffrent très fort, trop fort de choses que les autres ne comprennent pas... Ils ont mal, très mal quelque part, mais ils peuvent pas dire où.... Faut deviner..."

    ‎"Quand j'étais avec les autres, dans une école ordinaire, ils n'arrêtaient pas de se moquer de moi. Ca me faisait peur. Et quand j'ai peur, je me mets en colère et... je hurle. Et après, j’attrape très mal à la gorge et je ne peux plus parler... Plus parler du tout. Pendant des semaines des fois."
     
     
    C'est pour les enfants de 6-8 ans, et ça se partage sans modération. Ca parle de Prévert, ça parle de la souffrance d'école. C'est subtil et c'est émouvant. Et ca plait aux enfants (mes 2 garçons de 7 et 10 sont restés les oreilles grandes ouvertes du début à la fin)
     
     Ca me fait penser à une phrase qu'avait eu mon fils en début d'année pour sa soeur qui rentrait en petite section:
    "Prune, elle a l'école triste ce matin" :)
     
    Bonnes lectures !

Posté par GeraldineRuellan à 22:11 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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