Il est presque 2H du mat et je reviens de la conférence PaMaNa "Fesser, punir, mettre au coin... et si on accompagnait nos enfants autrement?"

Quelle chouette soirée, et l'agréable aboutissement pour moi d'un an de prospection afin de monter ce projet. Merci à tous ceux qui ont fait le chemin, on était presque 80, les échanges étaient riches et variés. Merci à David Dutarte du Family Lab pour sa conférence passionante.

Je connaissais déjà le courant de pensée de Jesper Juul, j'ai lu l'an dernier ses 2 bouquins traduits en français, je suis régulièrmeent les parutions internet et je savais donc que son discours me parlait. Mais il y a un monde entre lire un bouquin et avoir une vraie personne en face de soi, qui partage son expérience, son cheminement, ses embuches et les victoires qui sont là elles aussi. David Dutarte était vraiment passionant. Un discours fluide, clair, vivant, touchant qui permet une sensibilisation à la violence éducative ordinaire sans jugement de valeur, simplement en partant de son expérience de vie à lui. Des échanges passionants à la fin de la conférence où chacun dans la salle pouvait un peu parler de ses craintes, de ses réserves, de ses interrogations sur ce qu'il venait d'entendre. Il a repris de manière très claire les propos d'Alice Miller expliquant combien la violence éducative est difficile à déceler, car elle est inscrite en nous dans l'enfance et assimilée comme étant une violence nécessaire (parce que éducative).  

Je suis sensible au positionnement de Jesper Juul pour accompagner les enfants autrement que dans un rapport de force, en particulier la nécessité d'un changement de posture de l'adulte face à l'enfant. Prendre la responsabilité de la relation. Le principe de l'équidignité. L'intégrité, la responsabilité personnelle et l'authenticité. Le fait de prendre en charge ses émotions, ses besoins et ses manques sans en faire peser le poids ni les conséquences sur les autres (et en particulier sur ses enfants). Le fait de préserver le contact, la relation, le fait d'arrêter l'immédiateté et le résultat pour imaginer un long chemin à partager en famille, où chacun grandit, chacun avance et regresse à son rythme , où chacun essaie de développer son empathie.

Ce n'est pas le pays des bisounours, ce n'est pas un no man's land non plus, c'est juste la vie telle que je la conçois. En mouvement, en recherche. Grandir les uns avec les autres, les uns à côté des autres. Etre adulte. Avec tout ce que ça peut engendrer de positif, d'expérience et de richesse , pas comme un état figé où la vie se serait arrêtée. 

Affiner mes propres limites plutôt que vouloir poser des limites aux autres. Dessiner mon propre contour. 

Avoir confiance en l'enfant, en ses compétences, en sa volonté, en sa sociabilité, en son enthousiasme, en sa coopération. Me faire confiance et faire confiance aux enfants (et aux ados). En finir avec la culpabilité, avec l'efficacité, l'obéissance, la soumission, les résultats, le rapport de force.  Ne pas imposer mon autorité, mais faire autorité, parce que nous sommes adultes et "auteur" de notre propre vie. Avancer comme des êtres humains, les uns à côté des autres. Les rêves, les envies, les limites, les peurs de chaque membre d'une famille sont à prendre en compte comme étant sérieux et dignes de considération.

J'ai bien aimé l'image qu'a utilisé le conférencier pour parler de la difficulté de ses débarasser de tous nos mécanismes éducatifs: on quitte une autoroute connue pour aller vers l'inconnu. On se retrouve à avancer sur un chemin avec de l'herbe en pagaille, . Mais à force d'utiliser ce petit chemin, à force d'y repasser, l'herbe se tasse et le sentier se forme, les reflexes et la posture changent... et petit à petit on dessine son propre chemin.

J'ai ressenti cela très fortement lorsque j'ai décidé d'arrêter d'avoir recours aux fessées (qui restaient déjà pourtant exceptionnelles). J'étais littéralement désarmée. Et quand je me retrouvais accolée au pied du mur par mes enfants et mes principes éducatifs, quand je n'avais plus aucune issue, c'est l'utilisation de la force et le recours à la tape qui reprenait le dessus, malgré moi, malgré mes convictions et ma volonté. C'était comme inscrit en moi, je n'arrivais pas à m'en défaire. Il m'a fallu deux ans pour éradiquer complètement ce reflexe. Ca m'a paru une éternité.

Petit à petit, j'apprends à prendre en charge mes émotions pour ne plus les déverser sur les autres... C'est long, très long. Pour la fessée, je pense que c'est derrière moi, mais il reste encore les cris, les paroles blessantes, le repoussage brusque... C'est un apprentissage quotidien. Mais à mesure que le temps passe, nous passons avec lui, nous apprenons, nous anticipons, nous changeons. C'est épuisant ET c'est passionant. En tous cas, c'est encourageant de pouvoir grandir encore...

Depuis la conférence, j'ai gardé en tête 4 petites phrases entendues toutes simples qui m'aident beaucoup à me positionner (je veux/je ne veux pas; j'aime/je n'aime pas). Et effectivement quand je le dis, ça n'a rien à voir avec un "je voudrais", "j'aimerais"etc.... bluffant!

J'aurais bien aimé pouvoir inclure quelques photos, malheureusement je n'avais pas pris mon appareil, et mon téléphone était éteint (j'étais tellement concentrée que je voulais même pas prendre le temps de le rallumer:)